Ciné Musique

L'âme russe

avec Noemi Waisfeld en concert

2 Formules : Concert seul ou Film + repas + concerts





    Jeudi 23 Janvier 2020

    à partir de 18h30 pour la formule complète

    Ciné 89

    Concert de Noemi Waisfeld à 21h





On ne peut pas comprendre la Russie par l'esprit,

Ni la mesurer avec des outils de mesures habituels

Elle est d'une nature si particulière,

Qu'en elle, on ne peut que croire

Fiodor Tiouttchev

Le Forum de Berre et le Ciné 89 s'unissent une fois encore autour d'un ciné musique autour de l'Ame russe. La soirée s'organise dés 18h30 avec le film L'idiot de Yuri Bykov, rare héritier du grand art du cinéma soviétique des années 1920 et 1930. Puis escapade cullinaire dans l'un des restaurants du centre ville de Berre l'Etang. Enfin, Noemi Waisfeld accompagnée de Blik, posera sa voix sur l'immense répertoire qui fait de l'âme russe, une richesse culturelle universelle.



21h - Concert

Noemi Waisfeld

Noëmi Waysfeld a beau être française, c’est vers les terres d’Europe de l’Est, et plus particulièrement la Russie, qu’elle va puiser son inspiration, guidée par son amour des langues et son histoire familiale, les origines de ses parents étant russes, baltes et polonaises. Accompagnée par la guitare, le oud, l’accordéon et la contrebasse des musiciens de son trio Blik (Regard, en yiddish), elle pose sa voix grave sur des textes chargés d’émotion et d’histoire, nourris d’exils et de déracinements qu’ils se réapproprient et réinventent. Le répertoire de cette soirée thématique sur « l’âme russe » a fait l’objet d’une commande du Forum et a été tout spécialement choisi par Noémi dans ces précédents albums : « Kalyma » et « Zimlya ».

L'Est, les chants des sthtels, les mélodies poignantes des prisonniers sibériens. Mais s'ils transportent des images chargées d'émotion et d'histoire, pas question pour autant de tomber dans les clichés : le groupe construit et déconstruit les thèmes russes et yiddish, pour parler au coeur et à l'intelligence.

NOËMI WAYSFELD & BLIK réussissent un extraordinaire voyage entre les rondes mystiques de David Krakauer, le grain de folie iconoclaste de Yom et le chant théâtral d'Ella Fitzgerald...

Elles sont rares les chanteuses capables d'éprouver, et de faire transparaître l'émotion en dehors de leur langue maternelle ; en l'occurrence, le yiddish et le russe. Noëmi Waysfeld conte, chante, exhibe des textes nourris de révolte et d'espoir. Elle évoque aussi bien la prestance de Barbara, l'émotion de la Russe Elena Frolova, l'attitude de Brassens et, de loin, la voix d'Ella Fitzgerald grâce à une raucité hors du commun. Parfois elle déclame, plus tard elle repose, souvent elle exploite le cri de ces chansons.

Les garçons de Blik la suivent, l'emmèn ent, virevoltent. Cet équipage hétéroclite, mais très soudé, développe ensemble leur art du croisement, manipulant sans cesse le génome des musiques contemporaines d’Europe de l’Est. Leur credo : faire exploser les codes, en prenant des libertés bienvenues sur le carcan des gammes, en faisant voyager dans les steppes le Oud de Méditerranée, en imaginant le jazz moderne débarquer dans un village polonais des années 20. Un côté ébouriffé qui permet au groupe de se réapproprier comme personne les chants traditionnels des shtetls ou le blues du goulag né dans les confins peu riants de l'ex URSS et sauvegardé pour l'éternité par Dina Vierny.

L'âme russe

« Il est triste et joyeux, par une nuit d'été tranquille, parmi une forêt silencieuse, d'écouter une vive chanson russe. Ici la tristesse est sans fin, sans espoir, la force est invincible, le sceau du destin est fatal, la prédestination est de fer, l'un des principes fondamentaux de notre nation, qui peut expliquer beaucoup de choses, est que la vie russe semble incompréhensible. Et que ne peut-on pas entendre dans la longue chanson de la nuit d'été et de la forêt silencieuse ! » Alexeï Tolstoï

Le terme âme russe (русская душа), est utilisé dans la littérature pour décrire la spiritualité russe (et parfois slave). Les écrits d'écrivains russes tels que Nikolai Gogol, Léon Tolstoï et Fiodor Dostoïevski offrent des descriptions de l'âme russe. Le mot russe душа (doucha) est le plus étroitement traduit par le mot âme. L'âme russe peut être décrite comme une tendance culturelle des Russes à décrire la vie et les événements d'un point de vue religieux et philosophiquement symbolique. En Russie, l'âme d'une personne est la clé de l'identité et du comportement d'une personne qui assimile la personne à son âme. La profondeur, la force et la compassion sont des caractéristiques générales de l'âme russe. Selon Dostoïevski, "le besoin spirituel le plus élémentaire du peuple russe est la nécessité de la souffrance". Les idées de Dostoïevski sur l'âme russe sont étroitement liées au christianisme orthodoxe oriental, à son idéal du Christ, à sa souffrance pour les autres, à sa volonté de mourir pour les autres et à son humilité tranquille.

Le concept d'une âme russe est apparu dans les années 1840 principalement comme phénomène littéraire. L'auteur Nicolas Gogol et le critique littéraire Vissarion Belinski ont co-inventé le terme après la publication des Âmes mortes de Gogol en 1842. À l'époque, les propriétaires fonciers se référaient souvent à leurs serfs comme à des « âmes » et ce à des fins comptables. En dehors de ce sens littéral, Gogol a également prévu le titre de son roman comme une observation de la perte de l'âme des propriétaires par leur exploitation d'autres hommes, les serfs. Vissarion Belinski, critique radical, a développé plus avant les intentions de Gogol et a suggéré que soit tirée du roman une nouvelle reconnaissance d'une âme nationale, existant en dehors du gouvernement et fondée sur les vies de la classe paysanne simple et travailleuse. En effet, Belinski a utilisé à plusieurs reprises le terme « âme russe » dans ses analyses de l'œuvre de Gogol, l'expression a gagné en importance et s’est plus clairement définie par les écrits d'auteurs tels que Fiodor Dostoïevski. Cette marque de nationalisme, était le produit d'un effort continu de diverses classes de la Russie pour définir une identité nationale. (Source wikipedia)

18h30 - film

L'idiot

Russie – 2015 – 1h52 – V.O.

Réal. : Yuri Bykov

Int. : Artem Bystrov, Natalia Surkova, Dmitry Kulichkov

Dima est un jeune plombier qui doit gérer les canalisations des logements sociaux d’un quartier d’une petite ville de Russie. Un soir, lors d’une inspection de routine, il découvre une énorme fissure qui court le long des façades de l’immeuble. Selon ses calculs, le bâtiment est sur le point de s’effondrer et d’ensevelir les 800 locataires qui y vivent. Une course contre la montre va s’engager…

Un conte politique

Troisième film de Yuri Bykov, L’Idiot! résout la difficile équation d’un cinéma à la vocation politique et morale très affirmée qui ne cesserait de se nourrir de l’intensité de situations humaines, de la matérialité des lieux, du trouble suscité par les manières de filmer, des effets du mouvement, du cadre, de la lumière et du son. En ce sens, et bien que les enjeux de son film soient tout à fait actuels, Bykov apparaît comme un très rare héritier du grand art du cinéma soviétique des années 1920 et 1930, où les puissances formelles de la mise en scène étaient capables de mobiliser chez chaque spectateur une émotion, un élan, un rapport dynamique au monde débordant de toute part ce que le message pouvait avoir de formaté.

La Russie en mauvaise état

L’Idiot! fonctionne sur la dynamique de ces courses cauchemardesque, où le héros doit traverser une série d’épreuve dans un temps limité par l’imminence de la catastrophe, et défier l’illogisme des obstacles qui se dressent devant lui. Cauchemar paranoïaque à travers la nuit des renoncements et des abjections, riche en rebondissements où le réalisme et l’onirisme se confondent sans qu’on puisse toujours savoir de quel domaine Jacques Rancière a fort bien mis en évidence ce processus dans son texte «La folie Eisenstein» consacré notamment à La Ligne générale, qui figure dans son livre La Fable cinématographique (Le Seuil, 2001). Cette approche aide à penser les puissances complexes du cinéma soviétique, y compris certains des films les plus officiels aux périodes les plus sombres du stalinisme. L’Idiot! est évidemment une métaphore d’un état de la Russie, à la fois héritière de toutes les criminelles erreurs de construction (pas seulement, loin s’en faut, dans le seul domaine du bâtiment) de l’ère soviétique, et gangrenée par les tares nouvelles de la société violemment inégalitaire instaurée par les nouveaux maîtres du pays. (Source Slate)