Théâtre

Angèle

de Marcel Pagnol

Par le Cartoun Sardines Théâtre







    Vendredi 07 Février 2020

    20h30 - Salle Polyvalente





La compagnie Cartoun Sardines Théâtre poursuit son compagnonnage avec le cinéma et transpose sur la scène d’un théâtre, le film de Marcel Pagnol, “Angèle” (1934), inspiré du roman de Jean Giono « Un de Baumugnes ». Patrick Ponce adapte et met en scène le texte du film en gardant l’essentiel de l’histoire et en la complétant par celle du tournage : un champ - hors champs qui permet aussi d’évoquer les tournages de Pagnol, pionnier du cinéma parlant.

Autour des huit personnages, joués par six acteurs, gravitent réalisateur, script, accessoiriste, autant de caractères révélateurs d’un scénario poignant : une jeune femme quitte la ferme familiale pour suivre à Marseille un mauvais garçon, se retrouve sur le trottoir, et tombe enceinte à une époque où il ne fait pas bon être fille-mère. Sauvée par Saturnin, dévoué valet de ferme fou amoureux d’elle, elle revient un an plus tard, avec son bébé, un « bâtard » …

Le Cartoun donne corps aux émotions, et recompose avec un respect teinté de délice l’univers de Marcel Pagnol.



Le Cartoun Sardines Théâtre

Depuis 1979 la compagnie a produit et fabriqué près d’une trentaine de spectacles. Si les projets sont diversifiés, du théâtre classique aux textes modernes, en passant par le cinéma, le point commun est dans l’adaptation de la structure solide de la pièce ou du film d’origine à un univers émotionnel, burlesque, contemporain, décalé. Le fondement des spectacles, “démonter les mécanismes du théâtre et en réinventer les codes“ libère et fait surgir les discours et les sens. Et pour tenter d’affronter le réel, cette parole tendue aux spectateurs, permet d’échanger complicité, humour et poésie.

Patrick Ponce

Patrick Ponce est comédien et metteur en scène. En 1979, il fonde la compagnie Cartoun Sardines théâtre avec Philippe Car. Il participe activement à l’adaptation de tous les spectacles de la compagnie. Il est acteur dans 23 d’entre eux dont certains en tournées internationales. Patrick Ponce est aussi le concepteur d’une forme de théâtre avec film muet et spectacle vivant. Il organise des rencontres avec le public, développe très activement des projets pédagogiques sur la région. Depuis l’année de la fondation de Cartoun Sardines Théâtre, la conception du groupe de théâtre dont il est l’animateur principal, lui a permis d’aider à la formation de jeunes acteurs et de favoriser l’ouverture au théâtre de jeunes générations. Depuis 2006, il signe les adaptations et les mises en scène des productions Cartoun Sardines Théâtre.

Angèle par le Cartoun

Le texte est tiré du film de Pagnol. L’essentiel de l’histoire est gardé. Le public assiste au texte joué et simultanément, au tournage évoqué, simulé, chorégraphié et inventé du film. 6 acteurs se partagent la distribution des personnages principaux. Lorsqu’ils ne jouent pas les scènes, ils deviennent l’équipe « technique » du tournage.

Du réalisateur à l’accessoiriste, en passant par la scripte, toute l’équipe gravite autour des scènes jouées, comme autant d’observateurs, espions, voyeurs, ou voisins, que le « qu’en dira-t-on » fait craindre aux personnages. Le thème principal est le déshonneur d’une famille. On cache sa honte, sa souffrance, comme un fruit véreux. Ces ombres de la coulisse forment un ballet constant de « spectateurs énigmatiques ». Ils s’intercalent, interférent et s’immiscent dans le jeu des acteurs, illustrent l’univers ambiant des scènes : le monde à la fois invisible et réel du champ et du hors champ.

"Une mise en scène exceptionnelle de modernité, de fantaisie et de poésie" La Provence 18/12/18

"Angèle des Cartoun Sardines, ça bêle à loisir, c’est délicieusement fada, c’est made in Marseille…et ça ne se loupe pas quoi!"

Mais aussi...

Interventions auprès des adolescents (12/15 ans) du Collège F. Léger et dans l’atelier théâtre ados/adultes du Forum, de la Compagnie Cartoun Sardines théâtre le mardi 21 janvier, sur une thématique liée à leur dernière création « Angèle », sous forme d’ateliers interactifs. Le samedi 25 janvier à la Médiathèque à 18h30: toujours par la compagnie et sous forme d’une (hypothétique) émission radiophonique sur Marcel Pagnol : « Une évocation de Marcel Pagnol ». Jeu : Bruno Bonomo et Patrick Ponce – avec la collaboration du dispositif « Provence en scène » ; Entrée libre.

Angèle par Marcel Pagnol

Angèle est la première grande réussite de Pagnol en tant que réalisateur. Après avoir confié la réalisation de Marius (1931) à Alexander Korda et celle de Fanny (1933) à Marc Allégret, le cinéaste s’est lui-même frotté à la mise en scène de cinéma (on passera sur son moyen métrage Joffroi). Pourtant, le matériau original n’est pas de lui et il adapte ici un roman de Jean Giono, avec lequel il partage le sens d’une humanité et l’amour de la Provence. Retrouvant une grande partie de l’équipe technique et artistique de la trilogie, dont sa compagne Orane Demazis et le truculent Edouard Delmont, Pagnol signe un beau mélodrame d’une modernité confondante, au-delà du contexte daté des mœurs de l’époque. Formidable conteur, le futur réalisateur de César s’avère être un maître dans l’art du dialogue, du découpage narratif et de ce mélange de sobriété et de lyrisme qui n’appartient qu’à lui. Prônant la générosité des sentiments et le pardon qui doivent prendre le pas sur le respect des convenances et l’hypocrisie de l’ordre social, le film frappe par l’audace (pour l’époque) de propos tenus dans la bouche de personnages (le cynisme de Louis, racontant comment il a abusé d’Angèle). Fidèle à son univers, Pagnol montre comment le malheur individuel croise le drame communautaire. La grossesse d’Angèle fait ainsi écho à celle de Fanny et le départ de la jeune fille annonce celui de La femme du boulanger (1938), laissant un mari désœuvré et un village déstabilisé.

Il y a longtemps eu un malentendu Marcel Pagnol. Souvent méprisé par les historiens du 7e art en raison de sa volonté délibérée de se servir du cinéma pour assurer une large audience à ses pièces, il s’est un temps vu accoler l’étiquette infamante de « théâtre filmé », au même titre que Sacha Guitry. En outre, le succès de ses films en salles puis à la télévision lui a paradoxalement ôté le prestige de l’auteur de ciné-club (Renoir, Bresson). Pourtant, rien de mécaniquement « théâtral » dans son œuvre admirée par André Bazin et que De Sica ou Rossellini estimaient comme annonciatrice du néoréalisme italien : les décors naturels d’Angèle (magnifiques plans des collines ou des rues de Marseille) et cette attention accordée au quotidien de la paysannerie (rémouleurs, bergers, garçons de fermes...) attestent de cet enracinement dans un cadre populaire quasi-ethnologique. Et son goût des plans-séquences (dont certains fixes) mettant l’acteur et le dialogue au centre du dispositif, s’inscrit dans tout un courant de l’histoire du cinéma, qui va de Mankiewicz à Allen en passant par Eric Rohmer. La beauté poignante d’Angèle purifie le regard tout en suscitant une émotion tant réelle qu’artistique, ce qui est la marque des plus grands. Signalons enfin la distribution remarquable, dont Fernandel en valet débordant d’humanité, Henri Poupon en père blessé, Andrex en mauvais garçon ou Jean Servais en amoureux évasif. Plus que dans les adaptations honnêtes mais académiques de ses œuvres par Claude Berri ou Yves Robert, on trouvera l’héritage de la griffe Pagnol dans toute une tendance du cinéma régionaliste dont Robert Guédiguian n’est pas le moindre représentant. (Source avoir-alire.com)

Pagnol et le cinéma parlant

Au Printemps 1930, Marcel Pagnol découvre à Londres, le cinéma parlant. Dans le quotidien Le Journal du 17 mai 1930, il défend "l'immense valeur artistique et commerciale du nouveau moyen d'expression."

"Nous pourrons écrire une scène chuchotée, et la faire entendre à trois mille personnes, sans changer le timbre ni la valeur du chuchotement. Voilà un domaine nouveau : celui de la tragédie ou de la psychologie qui pourra s'exprimer, sans cri et sans geste, avec une admirable simplicité et une mesure jusqu'ici inconnue."

En 1931, Marcel Pagnol rencontre Bob Kane, directeur de la Paramount France qui lui donne l'occasion de porter Marius à l'écran. Le succès est phénoménal, et le cinéma parlant en pleine expansion. Marcel Pagnol décide alors de créer sa société de production et d'abandonner le théâtre. Une page se tourne, il fonde ses propres studios à Marseille. Le dialogue doit primer sur l'image. Par ce biais, il instaure la suprématie de l'auteur sur le réalisateur. Ceci peut paraître anodin de nos jours, mais, dans les années trente, les théories du septième art étaient directement issus du cinéma muet et le réalisateur était tout puissant.

Dès 1933, il tourne en extérieur et favorise le naturel des situations et du jeu d'acteur. C'est pourquoi Roberto Rosselini et Victorio De Sica diront de lui qu'il était le père du néo-réalisme. Son œuvre est empreinte d'une compréhension hors du commun de l'être humain.