Danse et Cirque

La Rose des Vents

Par L'Ecole Nationale de cirque Shems'y (Maroc) et et l'ensemble musicale Aksak

Chorégraphie : Aïcha Aouad Sicre





    Vendredi 25 octobre 2019

    14h30

    Théâtre du Bois de l'Aune

    Aix en Provence





  • Inspirée par l’image symbolique que véhicule la Rose des vents, qui guide, oriente et indique les points cardinaux, la danseuse et chorégraphe franco-marocaine Aïcha Aouad-Sicre a créé une pièce mêlant danse et cirque, avec de jeunes acrobates issus de l’école de cirque Shems’y, au Maroc. À la force et la puissance des performances physiques, que chaque artiste effectue sur son agrès de prédilection, viennent se mêler la sensibilité et la douceur des mouvements dansés, offrant un contrepoint poétique qui modifie le regard et provoque l’imagination. Une poésie pure, sensuelle, que vient renforcer la musique du groupe AKSAK, complice de longue date d'Aïcha Aouad-Sicre. Les rythmes chauds de l’Orient européen, qu’ils jouent sur scène dans cet espace intime chargé d’émotions, dialoguent avec les corps, les habillent d'un métissage qui raconte, autant qu'il suggère, cette Rose des vents empreinte d'humanité.



    Ecole Shems'y-Karacena

    L'École Nationale de cirque Shems'y existe depuis 1999, créée sous l'impulsion de l'Association marocaine d'aide aux enfants en situation précaire (AMESIP) à Salé. Depuis 2009, elle forme des artistes de cirque de niveau professionnel au cours d'une formation en trois ans qui leur offre une alternance entre les cours et des temps professionnels de spectacle , comme artiste, leur permettant d'explorer toues les facettes du métier et de se confronter à sa réalité.

    Karacena, la Biennale des arts du cirque et du voyage, est l'émanation directe de cette école, plateforme artistique qui permet depuis 2006 aux apprentis artistes de travailler et de se produire avec des artistes en résidence ou formateurs, en cirque, danse, musique et théâtre. Une collaboration artistique qui s'apparente à un compagnonnage, primordiale pour l'avenir professionnel de ces jeunes artistes en devenir.

    Aksak

    Isabelle Courroy, Philippe Franceschi, Patrice Gabet, Christiane Ildevert et Lionel Romieu ont créé Aksak il y a 30 ans. Depuis cette époque, ils creusent ensemble les sillons des musiques d’Europe Orientale et Balkanique dont ils nourrissent le flux créatif de leurs contributions personnelles.

    Le temps s’est imposé à eux comme moteur de cette création.

    Leur matériau de prédilection est justement la combinaison de temps ternaires et de temps binaires, qui forment les rythmes asymétriques dits « aksak » (« boiteux » en turc). Ces combinaisons, que l’on trouve notamment dans les musiques des pays balkaniques, sont à leur répertoire depuis le début.

    Leur vertueuse expérience du temps est aussi un espace de connaissances et de liberté.

    Aujourd’hui, toujours sur le pont, ils continuent de pétrir, de façonner et d’inventer ensemble. Leur vertueuse expérience du temps est aussi un espace de connaissances et de liberté.

    C’est cette musique qui est parvenue à ce qu’aucun homme politique n’a réussi au cours de ce siècle : l’harmonie de toutes les influences culturelles, de toutes les traditions. Le filon est riche de cette incommensurable diversité .Et les musiciens d’Aksak en sont comme les dépositaires .Il se promènent avec un tel bonheur dans toutes ces musiques aux accents slaves, tziganes, hongrois, grecs ou roumains . Leur musique est chaude, comme leur présence sur scène .Ils n’apportent pas seulement tout leur talent .Ils ont autant à cœur de le partager vraiment .

    Une pièce dansée circassienne comme aboutissement d’une aventure chorégraphique

    Ce projet de création s’inscrit en continuité d’un travail mené avec les jeunes acrobates de l’école du cirque Shems’y au cours d’ateliers. Ils ont répondu avec vitalité, audace, curiosité mais aussi sensibilité et humilité aux enjeus des ateliers.

    La création commune d’une « pièce dansée circassienne » présentée à la biennale Karacena de 2018, a permis d’ approfondir leur capacité d’écoute et d’affiner leur présence à l’autre, d’ aiguiser aussi leur conscience du geste. Enrichir leur expérience artistique, ainsi que la mienne, est au coeur de ce projet.

    Ancré dans la profondeur historique de la ville-port de Salé, il propose, à partir d’une écriture poétique résolument contemporaine, de donner la parole aux jeunes interprètes pour qu’ils parlent d’eux-mêmes et du monde, d’eux-mêmes dans leur rapport au monde, un monde aux repères fluctuants.

    Sous mon regard de danseuse et chorégraphe franco-marocaine originaire de Salé, et sensible à son charme si particulier, ils jouent avec légèreté du poids de l’histoire et rendent élastiques les repères géographiques. Ils font tourner et se distordre la rose des vents qu’ils ont capturé sur les cartes des marins d’autrefois.

    La capture de la Rose des vents

    Ce projet s’inspire de la découverte des cartes et plans anciens de Salé, premières représentations de la côte, de la ville et de l’embouchure du fleuve Bou Regreg. D'une incroyable richesse, ils nous montrent comment cette ville médiévale prospère, puis ce port corsaire célèbre ont été représentés, localisés et figurés dans la géographie du monde. Beaucoup de ces plans et cartes sont agrémentés de belles « roses des vents », ces étoiles délicatement dessinées par les marins cartographes d’autrefois, indiquant les points c ardinaux et la direction des vents, et rendant sensibles l’espace, transportant l’imagination vers d’autres lieux à travers l’immensité des distances.

    Capturer la Rose des vents,

    ’est éprouver dans le corps de la ville, avec ses repères, ses lieux, ses limites, l’ouverture au large : à d’autres espaces, d’autres manières de vivre l’espace, de se l’approprier. C’est confronter et faire jouer ensemble différentes échelles, différentes manières de s’orienter. Car les points cardinaux ont une histoire : le nord et le sud n’ont pas toujours été le haut et le bas de la carte, l’orient peut se découvrir à l’extrême occident… En capturant la rose des vents nous sommes nous-mêmes pris par le jeu des éléments, par la confrontation des lieux et des regards, au risque d’être désorientés, de perdre le nord… À travers les roses des vents, auxquelles répondront mâts et roues, il s’agira donc de déployer un jeu d’espaces dont la musicalité propre sera faite des contrastes entre l’aplat de la carte et le relief propre des lieux, du passage des vents et de la rumeur de l’océan, inséparables du vécu sensible et de l’histoire de la ville. Un spectacle où l'on comprend que pour garder le cap il est nécessaire de perdre le nord, Une pièce aérienne sur notes de musiques, où les roues et les mâts,les vents et l'océan seront des invités de choix, Une création où la musicalité du mouvement nourrit les performances physiques et où le goût du risque rime avec légèreté et sensibilité.

    Voltiges entre deux rives

    Houda Benallal - Journaliste

    Tout comme les principales directions d'une rose des vents, ils sont huit au total ce soir-là. Agés de 18 à 25 ans, ils marchent, puis courent, s'arrêtent, se perdent, reprennent, s'éparpillent pour se retrouver, consolider et composer des tableaux éphémères, créant une succession de figures mises en lumière par la beauté du geste avant tout.

    Nous sommes le 29 aout 2018 au sein du bastion historique « Bab Khmis » où de jeunes athlètes livrent un spectacle inédit aux portes de la médina de Salé qui vit depuis deux jours déjà, au rythme trépidant de la 7ème édition de « Karacena », une biennale des arts du cirque et du voyage.

    Au menu, un foisonnant programme dans lequel « La rose des vents », présentée à guichets fermés, fait figure de proue. « Pièce dansée circassienne » comme l'évoque la chorégraphe et conceptrice du projet, Aïcha Aouad Sicre, l'originale création résulte d'un important travail entrepris en amont avec huit jeunes élèves de l’école organisatrice Shems'y, une plate-forme artistique citoyenne pour la Méditerranée qui offre à une centaine d'enfants déshérités, un parcours éducatif des arts du cirque. Une sorte de voie de la deuxième chance misant sur la valorisation des potentiels humains et la socialisation par le groupe...

    Avec pour point d'ancrage les cartes des marins de l'ex-cité de corsaires, le spectacle déploie tout au long, un subtil jeu d'équilibre entre le dedans et le dehors guidé ici par une écoute intérieure nécessaire dans un espace collectif où chaque acrobate a été invité d'abord, à perdre ses habitudes pour pouvoir faire naitre son propre mouvement. Face à une scène épurée, traversée par le son et la lumière, le regard est captivé non pas par les prouesses spectaculaires, fortement applaudies au demeurant, mais bien par le sensible cheminement artistique de l'interprète pour y arriver..

    Exploitant habilement l'espace horizontal comme vertical, la « Rose des vents » joue sur l'orientation, la désorientation, sur les forces attractives, le poids, l'apesanteur, la légèreté, le plein ou le vide en s'appuyant toujours sur ses points cardinaux mobiles et ses multiples directions. Une pièce aérienne, portée de plus par les talentueux musiciens du Groupe Aksak dont les instruments font comme par magie, corps avec les corps.

    « En capturant la rose des vents nous sommes nous mêmes pris par le jeu des éléments, par la confrontation des lieux et des regards, au risque d’être désorientés, de perdre le nord… », explique Aïcha Aouad Sicre, poursuivant plus loin : « À travers les roses des vents auxquelles répondront mâts et roues (...) la musicalité propre est faite des contrastes entre l’aplat de la carte et le relief propre des lieux, du passage des vents et de la rumeur de l’océan, inséparables du vécu sensible et de l’histoire de la ville ». Une scène dansée qui ne s'essouffle jamais face à un public qui en redemande et, comme au crépuscule, se transforme en une sorte de voie lactée qu'illuminent petit à petit, de jeunes étoiles en devenir.