Spectacle concert dessiné

Black Boy

d'après l'oeuvre de Richard Wright

Par le Théâtre du Mantois

Collectif Colette





    Vendredi 22 Novembre 2019

    20h30

    Hall du Forum





Voilà une adaptation qui éclaire d’une lumière nouvelle l’histoire hors normes d’un enfant né noir en 1908 dans l’État ségrégationniste et raciste du Mississippi, petit-fils d’un esclave noir qui, après avoir vécu l’injustice, la misère et la violence des rapports entre noirs et blancs, est devenu un romancier célèbre. Cette histoire, Richard Wright l’a racontée dans un roman d’initiation et d’émancipation, Black Boy, publié en 1945. Par le biais d’un « concert spectacle dessiné », le Théâtre du Mantois a imaginé un hommage mêlant un comédien (Jérôme Imard, qui l’a aussi adapté et a conçu le dispositif), un musicien de blues et compositeur (Olivier Gotti) et un illustrateur de bande dessinée (Jules Stromboni, dont les dessins sont projetés en direct sur un écran). Leur performance s’appuie sur un montage de scènes symboliques issues du roman, qui font de la lecture et de l’écriture les éléments salvateurs de l’itinéraire de cet auteur en devenir. Et par là-même questionne aussi la place de l’art dans nos propres sociétés « éclairées » et porteuses d’émancipation, qui pourtant l’ignorent ou le bafouent encore trop souvent…



Le Roman

Premier grand romancier noir, Richard Wright est né au tournant du XXème siècle, à Natchez, Mississipi. Son ouvrage phare publié en 1945, Black Boy, retrace son enfance dans le Sud, et scande à travers elle, la terrible condition de la communauté noire en butte à toutes les humiliations et persécutions ; comme pour mieux dresser un tableau accablant d’une des sociétés les plus violemment ségrégationnistes qu’aient connues les ÉtatsUnis

Mais Black Boy n’est pas que le récit autobiographique d’une enfance noire dans le sud, brisée par le racisme et la haine ordinaire.

Il y a deux romans en un.

Un roman d’initiation d’un enfant maltraité par la vie, et les siens… Où l’on découvre une communauté noire, cruelle et pétrie de règles où la religion sert d’excuses à tous les abus de pouvoir ; comme si elle était fascinée et façonnée par cette société blanche, si dure et si injuste, dont elle reproduit les modèles d’asservissement.

Mais aussi, un roman d’émancipation où par la grâce de la lecture, et enfin de l’écriture, par l’Art, pour faire court, le petit Richard s’affranchit de ce double carcan et de l’obscurantisme.

Monument du passé, Black Boy n’a pas pris une ride. Le style limpide, vif et moderne, la force de la narration, et le propos qui conserve malheureusement une grande actualité. Certes, le temps a passé. Un chemin a été ouvert, des droits toujours plus nombreux, acquis au fil des années. Mais il reste encore beaucoup à faire en matière d’égalité.

Et que dire de cette place de l’art, conquise de haute lutte par Richard Wright dès son enfance, de cette lueur de liberté encore trop souvent méprisée ou ignorée dans nos propres sociétés. Un combat d’actualité, en somme

l’adaptation

- Le roman autobiographique de Richard Wright se présente avant tout comme une série d’épisodes chronologiques, pensée comme de véritables étapes initiatiques qui courent de ses cinq ans jusqu’à sa fuite et libération vers le nord à dix-sept ans, pour un avenir d’écrivain que l’on sait. Autant d’épisodes ou de scènes quasi théâtrales.

Dès lors, il nous a semblé qu’il ne fallait pas adapter, mais plutôt restituer le mouvement du roman, par un montage pertinent, avec cette volonté de sélectionner des scènes symboliques de ce parcours qui placent la lecture et l’écriture au cœur de l’itinéraire de cet auteur en devenir. Puisque c’est de là qu’advient la lumière. Toutefois, pour des raisons de plateau et de jeu, nous avons modifié les modalités du récit. Par un simple tour de passe-passe, nous avons préféré à l’imparfait du récit en troisième personne initial, le présent d’un narrateur en première personne, qui dit « je ». Tout change alors théâtralement.

Dont l’engagement du comédien, ici et maintenant, dans un présent partagé avec le public, mais avec cette distance essentielle. On sait bien que celui qui parle, là au micro, n’est pas un petit garçon noir, mais bien un comédien blanc. Et alors? Le message n’en est-il pas que plus universel ? C’est en tout cas cette évidence qui a porté le Festival Blues sur Seine et le Théâtre du Mantois, à s’associer pour créer lors de l’édition 2016 de Blues sur Seine, un concert-spectacle-dessiné en hommage à Black Boy.

Pour nous qui faisons du théâtre en direction des familles, pour qui les différents degrés de lecture sont au cœur même de nos travaux, il nous est apparu pertinent de travailler sur cette mise en abime entre le thème et le public.

Le musicien

Olivier Gotti fait partie du fleuron de la nouvelle génération blues hexagonale. Il est aujourd’hui un habitué des grandes scènes et prestigieux festivals internationaux. Son instrument de prédilection, la guitare Lapsteel, et sa voix vibrante rappelant toute la douleur des premiers chants d’esclaves, s’inscrivent dans une filiation certaine avec Son House et Robert Johnson, éminents représentants du “Blues du Delta du Mississipi”, tous contemporains de Richard Wright.

Le dessinateur-performeur

A la création du projet, Benjamin Flao est le dessinateur du spectacle. Après deux ans de tournée, Benjamin passe le flambeau à Jules Stromboni connu pour son roman graphique Mazzeru (Casterman) qui le fait reconnaître comme auteur. Il travaille en ce moment sur un imposant projet de bande dessinée: Shakespeare World (parution septembre 2019). Son travail se caractérise globalement par la variété de styles et de techniques selon le propos ou le thème abordé, dans un souci de cohérence et d’immersion.

Le comédien

Jérôme Imard, metteur en scène et comédien, poursuit depuis des années un travail assidu de mise en lecture-jeu d’auteurs contemporains – ou classiques, et plus particulièrement sous la forme de concert-lectures. Il a collaboré avec de nombreux musiciens de la scène internationale.