Pop / Folk

Birds on a Wire

avec Rosemary Standley et Dom la Nena







    Vendredi 21 Février 2020

    20h30 - Salle Polyvalente





L’une est connue pour être la chanteuse emblématique du groupe Moriarty, l’autre est une violoncelliste et chanteuse qui a notamment accompagné sur scène Jane Birkin, Etienne Daho, Camille…

Ensemble, Rosemary Standley et Dom La Nena forment le duo “Birds on a wire”, un nom en forme de clin d’œil à la chanson culte de Léonard Cohen (Bird on the wire) qui fut l’une de leur première reprise. Car c’est autour de reprises éclectiques et intemporelles que ces deux artistes d’exception se sont trouvées, explorant et revisitant avec raffinement et délicatesse un répertoire allant du rock à la musique baroque, de la musique brésilienne à la pop et au folk. En les entendant poser leurs voix et partitions sur ces morceaux iconiques on décolle, projetés comme en apesanteur dans une dimension insoupçonnée faite de surprenantes émotions qui conjuguent, simplement, finesse et légèreté !



Birds on a Wire

Au commencement était le chant. C’est avec ces mots d’une simplicité biblique que pourrait être contée la genèse de Birds On a Wire, le projet de Rosemary Standley et Dom La Nena. Le chant comme source et comme horizon, comme point d’ancrage et comme ligne de fuite, le chant dans ses plus grandes largeurs comme dans ses plus infimes replis… Tels pourraient être les termes fondateurs de ce duo expert en reprises tous azimuts (d’Henry Purcell à John Lennon, de Caetano Veloso à Tom Waits), né en 2012 à l’initiative de Sonia Bester, alias Madamelune, alors que Rosemary Standley souhaitait s’ouvrir un chemin de traverse, à l’oblique du flamboyant parcours accompli depuis une bonne décennie avec le groupe Moriarty.

Si la connivence a été immédiate, c’est sans doute parce que les trajectoires hors ligne des deux musiciennes étaient destinées à se croiser, et même à se confondre. Car l’une comme l’autre ont forgé leur singularité en marge des cursus trop balisés et des passages obligés. Avant d’arriver sur les hautes cimes de Moriarty, Rosemary Standley a ainsi gravi en parallèle le versant ô combien luxuriant du folk américain, en suivant notamment les traces de son père musicien Wayne Standley, et celui, escarpé mais pas moins fertile, du chant lyrique, appris au conservatoire à Paris. Depuis dix ans, loin de se conformer à l’impératif monomaniaque de sa seule carrière au sein de Moriarty, elle ne cesse de s’ouvrir des pistes de recherche et de varier les plaisirs, que ce soit en se promenant aux points de jonction avec le théâtre musical (Private Domain, création de Laurence Equilbey, A Queen of Heart mis en scène par Juliette Deschamps, Love I Obey avec le Helstroffer’s Band, On a dit on fait un spectacle de Sonia Bester…) ou en se ménageant des échappées belles qui lui creusent d’autres perspectives musicales – voir The Lightning 3, avec Brisa Roché et Ndidi Onukwulu ; le Wati Watia Zorey Band, tribute band créé avec Marjolaine Karlin en hommage au poète et musicien réunionnais Alain Péters ; ou, très récemment encore, sa participation à Ici-bas, le recueil et spectacle de relectures des mélodies de Gabriel Fauré agencé par l’ensemble BAUM et Sonia Bester.

De son côté, Dom La Nena, partagée entre son Brésil natal, Buenos Aires où elle a passé son adolescence et parfait son jeu de violoncelliste, et Paris où elle a fini par embrasser le métier de musicienne, a également traversé plusieurs mondes pour mieux créer le sien. Elle s’est formée aux exigences du classique avant de mettre son archet, ses cordes et sa musicalité tous terrains au service de pointures de la pop et de la chanson comme Jane Birkin, Jeanne Moreau, Etienne Daho ou encore Piers Faccini. C’est avec le soutien de ce dernier qu’elle a pris son essor en solo et signé en 2013 l’album Ela, bientôt suivi en 2015 de Soyo : deux manifestes sensibles en faveur d’une chanson qui, en se façonnant dans le creuset d’une vie sans attaches, semble à la fois s’être épurée et affranchie de bien des codes.

Dans Birds On a Wire, la métaphore des deux oiseaux sur un fil n’est donc pas seulement un emprunt à la célèbre chanson de Leonard Cohen, hymne à la fois solitaire et universel à cette humanité poétique qui, “à sa manière, tente d’être libre”. Elle est aussi chevillée à l’âme d’un projet où le décloisonnement des genres est bien mieux qu’un programme ou une profession de foi : il est d’abord l’héritage de deux vies mis en commun, transformé en art de jouer, de chanter et de respirer la musique.

Loin des hiérarchies et classements, Rosemary et Dom, dans leurs gènes comme dans leur pratique, portent ainsi une indépendance d’approche et de mouvement qui cristallise ce que les Amériques (du Nord comme du Sud) ont donné de meilleur à l’histoire de la musique : une manière aussi spontanée qu’informelle de circuler entre le savant et le populaire, les traditions et la modernité, le proche et le lointain.

De fait, dans les innombrables concerts qu’elles ont pu donner depuis leurs débuts comme dans leur premier album, sorti en 2014, ce ne sont pas seulement leurs voix que Rosemary et Dom entrecroisent : c’est aussi le flux vibrant de leurs mémoires. Mémoires vives et vitales, que régénère et remodèle sans cesse ce plaisir du jeu, de l’invention et du partage qui les caractérise depuis leur rencontre. Qu’elles se réapproprient Ô Solitude de Purcell, en le décapant de tout lyrisme compassé, ou transforment le Duerme negrito d’Atahualpa Yupanqui en comptine aérienne et percussive, qu’elles enveloppent une chanson de Tom Waits dans les atours d’une élégie sans âge ou entremêlent comme deux mains amoureuses les mélodies du Jamaica Farewell de Lord Burgess et de la Sambinha de Dom La Nena, c’est comme si ces deux complices d’évasion réussissaient à chaque fois à ressaisir, pour elles comme pour leurs auditeurs, cette émotion native, ce sortilège premier, cette étincelle initiale qui, un jour de grâce, les a éveillées et mariées à vie à la musique. Et c’est pourquoi toutes les catégories d’auditeurs peuvent succomber à leur charme – les avertis comme les profanes, les érudits comme les dilettantes.

Et si l’esprit d’enfance souffle ici un peu plus fort qu’ailleurs, c’est aussi dans cette capacité de créer tout un monde à partir d’un minimum d’outils. “Jusqu’à présent, la contrainte ne nous a jamais limitées, résume Rosemary. Le fait que Dom puisse créer des boucles et des superpositions, grandir le son sans le surcharger, nous apporte aussi énormément : le champ des possibles reste ouvert.” De la palette vocale et instrumentale, qui bannit toute ostentation technique et privilégie les trésors de nuances, à la scénographie à la fois sobre et soignée des concerts, l’économie de moyens et l’exigence de justesse sont en effet les intarissables sources qui irriguent l’inspiration de Birds On a Wire.

L’actualité des deux hirondelles confirme que leurs ailes et leur rayon d’action n’ont pas fini de se déployer. Suite à une commande de l’Union Européenne dans le cadre du centenaire de la signature de l’armistice, Rosemary et Dom, en novembre 2018, ont ainsi écrit un nouveau chapitre de leur riche collaboration en mettant en musique La Jeunesse des morts, un poème d’Anna de Noailles – signant de somptueuse manière leur première composition originale. Quant à cette nouvelle création scénique, elle marque donc le grand retour sur scène de leur artisanat ludique et subtilement frondeur, avec un programme largement refondu, prélude à un deuxième album annoncé pour 2020, dans lequel se côtoieront des œuvres de Pink Floyd, Nazaré Pereira et sa fameuse Marelle, Cat Stevens, Jacques Brel, George Harrison, Gino Paoli ou Bob Dylan, et quelques musiciens invités… Une étape de plus sur le chemin d’une musique résolument sans entraves : l’exploration mouvante et émouvante de deux oiseaux qui parviennent bel et bien à être libres, à leur façon, avec cette aisance naturelle propre aux vies qui savent chanter. Richard Robert pour La Familia

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